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L’adolescence : traversée entre crises, croissance et construction de soi.

 

La France est aujourd’hui le deuxième pays consommateur de mangas au monde (2023). Les shōnen et shōjo, destinés respectivement aux jeunes garçons et filles entre 10 et 18 ans, mettent en scène des personnages en pleine quête initiatique. Ces récits, souvent qualifiés de « mangas » par abus de langage pour parler du nekketsu, sont régulièrement porteurs de thèmes comme l’amitié, l’effort, l’esprit de groupe et le dépassement de soi. Prenons l’exemple de Naruto, personnage adolescent évoluant dans un univers hybride, entre traditions est-asiatiques et modernité occidentale, entre un berceau culturel traditionnel et un environnement moderne plein de nouveautés, de mystères. Il pourrait incarner les tensions identitaires propres à l’adolescence, tiraillé entre héritage culturel et aspirations personnelles modernes, mais aussi les embuches, les turbulences qu’il faut surmonter dans la construction de soi. À travers lui, on comprend que l’adolescence est une période d’entre-deux, mais aussi de construction, de confrontation et de transformation.

Et si les mangas, ces récits illustrés venus du Japon, nous offraient une fenêtre précieuse sur les enjeux de l’adolescence ?

Souvent caricaturé comme paresseux, rebelle ou en perpétuelle opposition à l’autorité parentale, l’adolescent est pourtant bien plus qu’un stéréotype. Cette période de la vie, marquée par des bouleversements physiques, psychiques, cognitifs, et sociaux, mérite une lecture plus approfondie.

Selon l’OMS, l’adolescence s’étend de 10 à 19 ans, et jusqu’à 25 ans pour certains. Étymologiquement, le mot « adolescence » vient du latin adulescens, signifiant « celui qui est en train de croître ». L’adolescent est donc une personne qui se situe dans une période de croissance, une croissance caractérisée par de nombreux changements tant au niveau du corps, des fonctions cognitives, au niveau psychique, que du rapport à soi, et à l’autre.

Alors qu’est ce qui caractérise ces changements ? Comment ces changements s’opèrent-ils ? Pour y répondre, explorons trois dimensions fondamentales : la puberté, la crise et la construction identitaire.

La puberté : transformations corporelles et bouleversement psychique

La puberté désigne la période entre l’enfance à l’âge adulte durant laquelle des transformations biologiques majeures s’opèrent : apparition des caractères sexuels secondaires, croissance rapide, modification de la corpulence. Ces changements varient selon le sexe et les spécificités individuelles.

C’est aussi la vie psychique qui est impactée. La puberté, et les processus hormonaux et biologiques qui s’y imposent, peuvent produire un impératif de réorganisation corporelle, qui n’est pas sans conséquences pour la vie psychique de l’adolescent. Elle peut impliquer une discontinuité dans son développement et dans son rapport à ce qui le constituait jusqu’alors. L’adolescent doit appréhender et s’approprier un corps qui se transforme, qui ne se sent plus de la même manière, impactant la perception qu’il a de lui-même et la manière dont il entrera en relation avec les autres. Parfois, les changements de ce qui le constitue peuvent être vécus comme inquiétants, étrangers à soi, et donc intolérables. L’adolescent pourra parfois chercher à rigidifier son identité en s’accrochant à des expériences en identiques. Son identité peut se trouver fragilisée par ces changements, et l’écart, la différence, peuvent devenir insupportables.

Cette réorganisation corporelle peut fragiliser l’identité, générer des tensions internes, voire des comportements de repli ou de rigidification. C’est dans cette dynamique que naît ce qu’on appelle communément la « crise d’adolescence ».

La crise : un moment fécond de transformation

Le mot « crise » vient du grec krisis, signifiant jugement ou décision dans une situation conflictuelle. Elle peut être définie comme un « brusque accès », une « forte manifestation d’un sentiment, d’un état d’esprit » par exemple une crise de larmes ou de jalousie. En termes familiers, la crise peut signifier l’ « enthousiasme soudain pour une action » un « brusque mouvement d’ardeur », « être pris d’une crise de rangement ». Cela peut désigner aussi un « moment très difficile dans la vie de quelqu’un, d’un groupe, dans le déroulement d’une activité » ce qu’on peut désigner par le terme de « crise de conscience » (Larousse). Elle peut désigner une manifestation brutale d’émotion.

Selon De Coulon (2021), « la crise n’existe pas en elle-même, mais seulement quand elle peut être reconnue comme telle dans sa dimension intersubjective ». Elle devient alors un potentiel d’évolution, une opportunité pour le déclenchement d’une transformation, un cri à écouter, et ce dans la relation à l’autre. C’est « un moment fécond » (De Coulon, 2021).

La construction identitaire : se voir, se sentir, se penser

La crise d’adolescence peut être le théâtre d’un affrontement entre les éprouvés infantiles et les éprouvés pubertaires. Ce choc peut rendre insupportables les différences, les écarts, les nouveautés. Mais il peut aussi ouvrir la voie à une maturation, à condition d’être accompagné, entendu, reconnu.

Les bouleversements de l’adolescence modifient profondément la manière dont l’individu se perçoit et perçoit le monde. La poussée pubertaire agit comme une onde de choc au niveau narcissique et identitaire. Elle peut être éprouvé comme une véritable menace désorganisatrice impactant l’adolescent dans sa capacité à se sentir, se voir et s’entendre, et donc, dans la façon dont il va se représenter, se lier à lui-même, se réfléchir.

C’est dans les expériences relationnelles suffisamment structurantes que l’adolescent pourra peu à peu s’exercer à se représenter en tant que sujet, se construire identitairement, comme dans un jeu de miroir.

L’autre peut devenir un support identificatoire et/ou de différenciation dans la construction de l’identité, et cela peut induire des turbulences internes concernant les limites entre soi/l’autre, l’intime/le public, et parfois des éprouvés paradoxaux comme l’impression d’être et ne pas être identique à soi-même.

 Loin des clichés, l’adolescence est une période intense, féconde, et porteuse de sens.

LEO PIOGER, PSYCHOLOGUE CLINICIEN, PSYCHOTHERAPEUTE.

12/11/2025

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